Course, poids et performance physique
Publié le 7 septembre 2011 par Gilles dans Découvrir, Interview
C’est un sujet qui intéresse tous les coureurs, de débutant à chevronné ! Quelle est l’influence du poids (muscle ou graisses excédentaires) sur la performance en course à pied toutes distances confondues ! Pour répondre à cette question, nous accueillons aujourd’hui Claude Crestetto auteur de l’excellent VO2max.com.fr, un expert en la matière qui a déjà réalisé plusieurs études de terrain sur le sujet.
Bonjour Claude, pouvez-vous vous présenter aux Fysikistes ?
J’ai 57 ans, ma pratique de la course à pied remonte à l’année 1986 avec, comme première compétition, le marathon de Metz (après six mois d’entraînement en partant de zéro et sans aucune connaissance sur le sujet). Un temps de 2h56 m’incite à poursuivre dans cette discipline. Je m’intéresse alors à la physiologie sportive et aux méthodes d’entraînement. Après une perte de poids de 6 kilos et en améliorant ma façon de m’entraîner, je progresse de 25 minutes en 3 ans, portant ma meilleure performance à 2h31, ce qui me permet de participer deux fois aux championnats de France de marathon, notamment à Tours en 1988 et Mérignac en 1989 où je termine 20ème.
Je travaille ensuite à la mise au point d’un programme informatique permettant, à partir des ses caractéristiques physiques du coureur et de ses résultats en compétition (ou lors de tests sur le terrain) de calculer ses données physiologiques telle que sa consommation maximale d’oxygène (VO2max), son indice d’endurance, son facteur de déficit en glycogène etc…ainsi que ses performances potentielles sur les différentes distances de compétition .
Un 2ème programme viendra compléter le premier en établissant un plan d’entraînement personnalisé en fonction des résultats issus du premier programme et de la distance de compétition préparée.
On peut lire sur votre site une étude qui traite de l’influence de la perte de poids sur la performance en course à pieds. Pouvez-vous nous dire en quoi cela influe sur la performance?
La consommation maximale d’oxygène (vo2max) est l’indice le plus important pour déterminer la performance d’un coureur en fond et demi-fond. Sa valeur s’exprime en ml d’O²/kg/minutes (kg étant le poids du coureur). On voit bien que pour une même consommation maximale globale d’oxygène, un coureur qui perdra du poids verra sa consommation maximale en ml/kg/min augmenter dans les mêmes proportions.
Concrètement un athlète de 75kg qui perd 3kg superflus (gras) peut espérer quel type de gain sur un 10km, un marathon, un 100km ?
Cela va aussi dépendre de son niveau de performance initial :
- Pour un coureur de 75 kgs qui court le 10 kms en 50’ le gain de temps sera de 2’20 alors que pour celui qui le court en 30’ le gain de temps ne sera que de 1’36
- Pour un marathon, le coureur de 75 kg qui court en 4h verra son temps amélioré de 13’, celui qui court en 3h gagnera 9’45 et celui qui court en 2h10 verra son temps amélioré de…6’30, soit mieux que le record du monde actuel, ceci pour dire qu’un coureur qui court le marathon en 2h10 a déjà un rapport poids/taille très favorable et donc un pourcentage de graisse très bas qu’il ne pourra pas beaucoup diminuer.
- Pour un coureur de 100kms qui court en 9h le gain de temps sera de 24’.
On parle souvent de la perte de kilos superflus (graisses) pour améliorer ses temps de course. Qu’en est-il d’un coureur très musclé (avec du volume) mais possédant un taux de graisse ne dépassant pas les 10% ?
La question peut se poser pour un triathlète qui a les muscles des bras très développés du fait de son entraînement en natation : ce poids supplémentaire sera un handicap en course à pied, puisqu’il ne participe pas à l’effort. Pour un coureur ayant les quadriceps des cuisses très développés et qui n’a pas fait de musculation spécifique, on peut considérer que cela fait partie de son anatomie et que le développement musculaire s’est fait naturellement au fil des séances d’entraînement, Ces muscles prennent donc leur part entière dans l’effort.
Par contre, on a remarqué que les muscles des mollets trop développés était un handicap en course à pied, car ils sont peu utiles à l’effort et représente une masse dynamique importante entravant l’effort. C’est probablement une des raisons pour lesquelles les coureurs kénians sont si performant en fond et demi-fond, leurs muscles des mollets étant très fins.
Existe-t’il un ratio taille/poids idéal pour la course à pieds en fonction des distances ? Ou alors un taux de graisse idéal selon le type de course parcourue (10km, 42, 100 ? ) ?
A musculature constante, plus le rapport poids/taille est bas, plus le coureur sera performant sur toutes les distances allant du 800m au 100kms, donc plus le pourcentage de graisse est bas, mieux c’est. Mais il y a une autre donnée qui influe sur le rapport poids/taille et sur laquelle l’individu ne peut agir, c’est l’ossature. En effet, des os denses ou volumineux augmentent le rapport poids/taille et sont un handicap pour le coureur. La mesure du tour du poignet est un bon indicateur de l’importance de l’ossature (ou stature) de l’individu. Dans mon programme, la formule qui calcule le pourcentage de graisse du coureur à partir de son rapport poids/taille tient compte de cette mesure.
Merci beaucoup pour ces riches réponses. N’hésitez pas à consulter son site : http://www.vo2max.com.fr/
Amis Fysikistes, vous savez ce qu’il vous reste à faire si vous souhaitez exploser vos chronos ;)
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C’est le gros dilemme. Nager, bien décrasser, améliorer son gainage et renforcer son dos mais prendre de l’épaisseur ou se contenter seulement de courir, mettre à mal ses articulations, son dos, augmenter le risque de blessure mais garder un poids « idéal »
Je pense, personnellement, qu’un entraînement régulier en natation (en aérobie), est plus bénéfique que néfaste.
Mais c’est moi dedans ! 75kg qui faisait plus de 50′ au 10km et qui vient de faire 48’30″ :)
Sinon, le gros dilemme du triathlète est là , progresser en natation te pénalise en course, progresser en course te pénalise en natation …
Dur d’être bon partout.

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Merci beaucoup pour cette interview !. Très intéressant. Perso, je crois que je ne peux plus gagner grand chose côté poids. Sauf à me couper une jambe…;-)